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Vendredi 16 septembre 2005


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publié dans : Droit du patrimoine
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LE PATRIMOINE ET L'ART CONTEMPORAIN

Editorial, le 22 septembre 2005

Le patrimoine : rentabiliser la nostalgie

Les vingt-deuxièmes «Journées du patrimoine» ont attiré, durant le week-end dernier, plus de dix millions de visiteurs dans quinze mille monuments ou édifices de la France entière. Plus qu’un simple succès, c’est un phénomène. Le public trouve manifestement là un type de satisfaction que l’art contemporain ne saura, par nature, jamais lui apporter.

Situés aux antipodes de l’éventail culturel, le patrimoine et l’art contemporain s’opposent en de nombreux points, et trahissent de profondes disparités dans les attentes et les pratiques des publics de la culture.

La veille de l’ouverture des «Journées du patrimoine», la Mairie de Paris présentait à la presse la prochaine «Nuit blanche» (1er octobre). La journée, la nuit; le patrimoine, l’art contemporain; le consacré, l’inouï; refuge dans la rassurante évidence des valeurs éprouvées, quête effrénée de l’inédit. Alors : «Journées (refuge) du patrimoine» contre «Nuit blanche (de l’art contemporain)» ?

Lancée en 1984 par Jack Lang, alors ministre de la Culture, les «Journées du patrimoine» visaient à apporter un supplément de stabilité dans une société en plein bouleversement et en proie à la division. Les monuments et édifices historiques, expression tangible d’une tranquille pérennité et témoins matériels d’une grandeur passée, devaient ainsi arrimer les Français à leur histoire et les rassembler autour de grands emblèmes de la nation. L’affiche pour l’élection présidentielle de 1981, montrant François Mitterrand photographié devant une église romane pour symboliser «La force tranquille», avait, en matière de patrimoine, une valeur quasi programmatique.

Depuis, la situation s’est considérablement aggravée. La précarité professionnelle et sociale, la mobilité forcée, la dématérialisation croissante des activités, et la recomposition internationale de la production et du pouvoir: tous ces facteurs d’instabilité ont bouleversé nos vies, nos sensations, nos actions, nos rapports au monde, aux choses et aux autres.

La désorientation des esprits a suscité une forte demande de repères, d’ancrage, de matière, de certitude brute et massive — d’identité. D’où un goût croissant pour les vieilles pierres, les objets anciens, même les plus modestes, et un désir de vouloir conserver les traces des choses et des activités frappées de disparition par un fort mouvement d’obsolescence.

Depuis un quart de siècle, les bâtiments et les édifices du patrimoine sont ainsi pris comme des remparts spatiaux, temporels et symboliques contre l’accélération et la virtualisation croissantes du monde contemporain ; comme des pôles d’immobilité et de pérennité — de tradition.

Ainsi déconnectés des grands enjeux du présent et ancrés dans le passé, les éléments du patrimoine servent à fabriquer du consensus, à susciter de la nostalgie, à transmettre des valeurs rassurantes d’un passé apaisé, voire à communier autour des lieux et des objets somptuaires du pouvoir — tel est notamment l’effet des visites-pélerinages proposés dans des lieux officiels «habituellement fermés ou invisibles au public».

On comprend dès lors l’attention que les pouvoirs publics accordent au patrimoine qui mobilise la plus grosse part du budget du ministère de la Culture.

Mais, restrictions budgétaires et orientations politiques obligent, le gouvernement veut donner une expression économique aux fonctions symboliques et idéologiques traditionnelles du patrimoine.

L’économie, en particulier celle du tourisme, devenant un moyen de réinscrire le patrimoine dans les enjeux d’aujourd’hui: «Pour moi, déclare le ministre, le patrimoine ne relève pas de la nostalgie, c’est un capital d’avenir. Il s’agit de l’attractivité de notre pays. Le patrimoine est la source d’une grande activité » (Le Monde, 16 sept. 2005).

Les maîtres-mots sont, comme pour les musées, «l’animation et la valorisation» avec pour objectifs le «rayonnement de la France» et la rentabilisation.

Il est désormais demandé aux acteurs culturels d’inscrire systématiquement dans une dynamique économique leur activité de conservation des objets dont ils ont la charge (tableaux, meubles, bâtiments, etc.).

Et le ministre de donner le ton : «Je ne suis ni M. Supplément d’âme ni le ministre des beaux-arts. Je veux apparaître comme celui qui donne une place stratégique à l’action culturelle».

Il n’est cependant pas certain que la culture et l’art résistent à cette double épreuve de marchandisation et d’instrumentation qui les réduit à l’unique sens de la quantité, du nombre, de l’efficacité…

André Rouillé.
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Pae White, Chemin de fer, 2005. Soixante-quinze briques bleues. Dimensions variables. Courtesy galerie Ghislaine Hussenot, Paris.
commentaire n° : 1 posté par : WWW.Paris-Art.com (site web) le: 23/09/2005 18:35:46
"La promotion du patrimoine : un combat pour l’avenir", La Lettre du Gouvernement, le 22 septembre 2005:

“Parmi les atouts historiques dont nous disposons, nous avons notre patrimoine culturel. Nous aurions tort de ne pas nous en saisir, a souligné le ministre. Dans la mondialisation, il s’agit d’une ressource rare et d’un nouvel enjeu d’influence.”

Le patrimoine contribue largement à l’activité touristique de la France et à l’accueil de ses 75 millions de visiteurs chaque année. C’est aussi un facteur d’attractivité pour l’installation des entreprises étrangères et un vecteur de développement de l’emploi, notamment d’une main-d’oeuvre très qualifiée (jusqu’à 85% des crédits de la restauration des monuments historiques vont à l’emploi).

Autant de raisons pour repenser l’action de l’État en ce domaine, mieux mobiliser ses partenaires, en particulier les collectivités territoriales, et chercher à conquérir de nouveaux publics.

Outil privilégié de restructuration de l’action publique, la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) va donner au Gouvernement et au Parlement une vision transversale des efforts de l’État en faveur des différents types de patrimoine (monuments, mobilier, archives...) et permettra une meilleure allocation des crédits ainsi qu’un engagement plus régulier des opérations. En outre,100 millions d’euros provenant des ressources dégagées par les privatisations seront affectés au patrimoine et viendront s’ajouter aux dotations budgétaires du ministère de la Culture et de la Communication.

Décentralisation et partenariats : De nouvelles compétences ont été transférées aux collectivités territoriales, désormais en charge de l’Inventaire général du patrimoine, de certains monuments historiques, de la gestion des crédits relatifs au patrimoine rural non protégé. À titre expérimental, la gestion des crédits concernant l’entretien et la restauration des monuments historiques n’appartenant pas à l’État ou à ses établissements publics pourra être transférée aux régions ou aux départements candidats. La responsabilisation des propriétaires et la simplification des procédures garantiront une meilleure utilisation des moyens publics et privés (lire ci-contre). Enfin, le ministère et ses partenaires multiplieront les actions destinées à développer la fréquentation et la connaissance du patrimoine (lire ci-dessous).

À la conquête de nouveaux publics : Seulement 43 % des 15-24 ans et 39 % des 65-74 ans ont visité un monument historique. En dehors des grandes manifestations telles que les Journées du patrimoine, différentes actions ont été mises en place ou le seront prochainement en vue d’attirer un plus large public.

Pour favoriser l’accès direct aux monuments : l’opération “Les Portes du temps” qui a permis d’accueillir cet été au château de Fontainebleau 10 000 jeunes issus de milieux défavorisés. Elle sera reconduite et élargie à de nouveaux sites (donjon de Vincennes, châteaux de Compiègne, de Chambord, de Pau...).

Pour élargir l’accès aux collections : des programmes de numérisation comme ceux de la bibliothèque numérique européenne (lire ci-contre), de l’Institut national de l’audiovisuel...

Pour développer la fréquentation et la notoriété des lieux patrimoniaux : la réalisation de films dans les monuments et les musées, l’installation d’artistes en résidence et des expositions (comme, dans vingt monuments nationaux, l’opération “Les visiteurs” qui a démarré cet été à Chambord).
commentaire n° : 2 posté par : Politique gouvernementale relative à la promotion (site web) le: 07/10/2005 17:07:23

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