Crise du Festival OFF d'Avignon

Publié le par Avignon - Demain

SAUVONS LE OFF !

Le conseil d’administration d’Avignon-Demain, réuni le 1er mars 2006, constate avec inquiétude la division actuelle des professionnels du théâtre participant au Festival Off.

Deux camps antagonistes sont en présence : d’un côté AFO (Avignon Festival Off), association qui a pris la suite d’APO (Avignon Public Off) en donnant plus de place aux compagnies de théâtre et ARTO (Avignon réseau théâtre œuvres) qui regroupe quinze théâtres permanents d’Avignon ; d’un autre côté ALFA (Association des lieux de festival en Avignon) qui représente plus d’un tiers des lieux utilisés pendant le Off et les Scènes d’Avignon qui réunissent les cinq théâtres permanents conventionnés avec la Ville.

Chaque camp rejette sur l’autre la responsabilité de la division et envisage d’éditer son programme et ses cartes de réduction. Autant qu’on puisse en juger les enjeux sont surtout financiers (le programme et les cartes ont dégagé plus de 500 000 euros de bénéfice en 2005) et les rivalités de personnes n’arrangent rien.

Avignon-Demain considère qu’une municipalité responsable et ayant une véritable politique culturelle aurait un rôle important à remplir dans le domaine de la concertation et de l’incitation. Loin de jouer ce rôle, la municipalité actuelle se comporte ouvertement comme Ponce Pilate tout en exacerbant en sous-main les divisions (en promettant par exemple des locaux à l’hôtel de Brantes à AFO, puis en revenant sur cette promesse suite à diverses pressions).

Avignon-Demain regrette vivement la situation actuelle et espère que l’esprit de responsabilité de toutes les parties en présence – acteurs, compagnies, directeurs de salle et lieux – permettra de surmonter les intérêts particuliers. Nous pensons que le public avignonnais a aussi sa place dans les débats et qu’il faudrait trouver un moyen de l’associer, pour arriver notamment à un festival mieux enraciné dans les quartiers.
 
OFF – COMMENT ON EN EST ARRIVÉ LÀ ?

En 2004, nous, les Scènes d’Avignon, nous nous sommes rangées derrière Avignon Public Off, dont Alain Léonard était le gérant.

Malgré ses dérives et sa tendance à l’opacité, APO était pour nous un outil culturel collectif que nous devions conserver. Nous connaissions bien Alain Léonard. C’était l’un des nôtres. Il sortait de la profession. Nous l’avions vu jouer. Il venait de la base. Il a créé Avignon Public Off en 1982.

Au cours du Festival 2004, il a commencé à être poussé vers la sortie, non seulement de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur même d’Avignon Public Off ! En attendant, et peut-être en partie grâce à lui, en 2005 l’unité s‘est reconstituée et pour le Festival nous avons eu un programme et une carte d’abonnement uniques, ce qui fut apprécié par le public et par les compagnies. Et pour 2006, nous attendions que soit reconduite la même unité.

Mais Léonard a été démissionné et, à partir de là, s’est amorcée une re-fondation, une sorte de mutation inattendue, de type centraliste – ce mal français par excellence – et enfin, sous la houlette de Jean-Claude Walter qui assurait l‘intérim, Avignon Public Off a accouché d’Avignon Festival Off, et d’un délégué général.

Nommé en novembre, ce délégué général est arrivé à Avignon en janvier. Vient-il d’un théâtre, d’une compagnie, du monde du showbizz ? Non pas du tout ! Ayant été danseur dans sa jeunesse, il nous arrive du monde politique.

Ici ou là, à un ou deux, à trois ou quatre, il nous a dit, vous les associations, ALFA, ARTO, Scènes d’Avignon, vous allez vous dissoudre. Et, dans AFO, les uns auront tant de sièges, les autres tant de sièges, les troisièmes tant de sièges au conseil d’administration, dans lequel il y aura des représentants de telle et telle organisation, des personnalités qualifiées (?), les anciens présidents, etc. Il comptait tout diriger, et plutôt arbitrairement. Avec la meilleure bonne volonté de notre part, ça ne pouvait pas marcher.

Et voilà comment nous, les Scènes d’Avignon, qui avions été derrière Avignon Public Off, nous sommes retrouvées devant un Avignon Festival Off qui a jeté toute l’ancienne équipe d’Avignon Public Off, tous les accords passés, qui croit que le Off lui appartient et qui crée, sous couvert d’une prétendue légitimité, une scission pour agir à sa guise et pour escamoter vers où, vers quoi (?) les 420 000 € générés par les cartes d’abonnement, c’est-à-dire par les compagnies qui accordent au public des tarifs préférentiels, et qui sont à gérer autrement dans l’intérêt collectif des artistes.

Nous avons appelé à la fondation d’une maison commune, mais après le départ de l’Adami et d’AFO lors de la réunion du 20 février à la mairie d’Avignon, nous Scènes d’Avignon, avec des indépendants et avec l’Association des lieux du Festival d’Avignon, avons appelé et appelons simplement à la seule solution acceptable pour l’union du Off, la fondation d’une association à direction collégiale : Avignon Festival & Compagnies.

Scènes d’Avignon est une association des théâtres du Balcon, des Carmes, du Chêne-Noir, du Chien-qui-fume, des Halles.

André Benedetto, 1er mars 2006

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